Les délices de Tokyo

film Les délices de Tokyo

De Naomi Kawase

Extrait du film Les délices de Tokyo

“Quand je prépare la pâte An, je tends toujours l’oreille pour écouter ce que les haricots ont à me dire. J’essaie d’imaginer ce qu’ils ont vécu les jours de pluie et les jours de soleil. Emportés par le vent, ils sont arrivés jusqu’à nous. J’écoute le récit de leur voyage. Oui, il faut les écouter. Tout ce qui existe en ce monde possède son propre langage, j’en suis persuadée. Le moindre rayon de soleil ou le vent méritent qu’on tende l’oreille pour les écouter. C’est peut-être pour cela qu’hier soir le vent qui soufflait à travers les buissons des houx semblait me conseiller de vous écrire.”

Confortablement assis dans une salle obscure, on se retrouve devant ces dorayakis et ce fameux An, une pâte de haricots Azuki. Tout simplement et pourtant…

Mais alors, est-ce les dorayakis, les délices? Est-ce l’histoire de ces trois individus qui se rencontrent, se découvrent et s’apprivoisent autour d’une petite boutique? Est-ce la lune qui veille sur nous ou est-ce nos sens, tout le long exacerbés par les odeurs qu’on imagine, le vent qu’on entend et le temps que l’on palpe et qui nous échappe.

L’histoire que nous nous imaginons suit son cours et nous nous laissons emporter et enfin, il suffit d’un petit détail pour que l’histoire se brise.

Le décor avec les cerisiers, une petite boutique où l’on vend des dorayakis sans âme et ces personnages banals… Derrière toute cette mise en scène se cache tout un panel d’émotions. Là, où nous nous attendons à une situation lourde, pesante comme cet autre monde mis à l’écart et bien c’est tout le contraire qui nous attend avec de la joie et des éclats de rire. Et là, où nous nous attendons à une belle histoire, nous découvrons des destins brisés et en marge de la société. Ces “petits” détails qui changent le cours d’une vie. Ces détails qui troublent qui dérangent et qui marginalisent un peu plus…

Ainsi un pétale de fleur de cerisier qui s’invite dans un dorayaki, une bière renversée sur un livre où justement un ourson recherche sa maman, une pâte An délicieuse pour un palais appréciant le salé.

En fait, tout est là, tout est dit…

Salé ou sucré quelle importance, il suffit de changer de point de vue.

Comme les saisons, dans le film Les délices de Tokyo, le cycle de la Vie emporte avec lui des êtres chers à nos cœurs  et comme la mort fait partie de la Vie, c’est un cadeau magnifique que d’offrir la beauté d’une liberté oubliée. Au printemps, les cerisiers sont en fleurs et la Nature s’offre à nous encore plus vibrante encore plus généreuse…

“Vous savez patron… Ce jour-là, la pleine lune m’a murmuré ceci: Je voulais que tu me regardes. C’est pour cela que je brille.”

roman kraft cerisier en fleurs
    Roman Kraft Unsplash

 

 

L’autre étant le miroir de soi, dans le film Les délices de Tokyo, Tokue demande:

“Alors, pourquoi travaillez-vous ici ?

Comment ne pas aimer le sucré et vendre des dorayakis?”

Il n’y a aucune réponse car, Tokue s’adresse-t-elle seulement à Sentaro? Elle avait été enfermé, privé d’une vie dans la lumière et des bonheurs simples d’une existence normale. Sentaro, lui, avait érigé sa propre prison et entre les deux personnages, cette jeune adolescente témoin de cette vie qui l’attendait et des choix qu’elle pouvait faire. Faire des choix, prendre un chemin plutôt qu’un autre, c’est cela être responsable… C’est cela prendre son envol et pourquoi pas être libre.  Ce n’est qu’un point de vue.

Alors nous, êtres humains, nous vivons dans nos cages dorées et même si comme l’oiseau nous chantons, ce n’est qu’une façade, un beau sourire car, si nos cœurs pouvaient voir la beauté de ce monde, croquer dans un dorayaki si délicieux, entendre l’histoire du vent alors nous n’aurions qu’une envie, nous respecter et sortir de notre cage…

 

En attendant, faites de votre mieux (vous et pas les haricots, cette fois… :))

 

  • sculpture païenne

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